Il faut rappeler que Rimitti a chanté dès les années 40, la difficulté d'être une femme et a introduit la notion de plaisir charnel. Mais son champ thématique ne s'arrête pas là. Elle a exploré toutes les formes de l'amour, célébré l'amitié, tenté d'expliquer les noyades dans l'alcool, déploré l'obligation d'émigrer et tancé les moralistes. Elle qui avait osé chanter une ode à l'Emir Abdelkader dans les cafés juifs, en pleine guerre de libération, va subir dès l'indépendance les foudres de la censure FLN.
Sa poésie lui vaut dans les années 60 « l'ex communication nationale »... réponse démesurée et cynique d'un nouveau régime dit de « libération nationale » pourtant empreint de traditionalisme religieux.
Elle a depuis composé plus de 200 chansons, constituant un véritable « répertoire réservoir » dans lequel se serviront allégrement ses successeurs (comme « La Camel », reprise et popularisée par C.Khaled...) Pour tous les musiciens de Raï, elle incarne une reine, « LA » grande dame vénérée par tous les chanteurs de la jeune génération qui voient en elle « la Mère du genre » (Rachid Taha lui dédie une chanson, « Rimitti »). Une véritable légende s'est ainsi tissée autour de cette femme qui hante l'imaginaire collectif du Maghreb depuis plus d'un demi-siècle. Rimitti, redécouverte depuis quelques années par une nouvelle génération, est une visionnaire. Ses chansons, martelées depuis un demi siècle n'ont jamais été aussi proches de la réalité sanglante de l'Algérie des années 90, décennie de tous les dangers (Pour les femmes surtout dont Rimitti fut la porte parole la plus audacieuse et la plus lucide)
« Entre temps, l'Occident a pu succomber à sa voix langoureuse, douce mais âpre, ajoutée à un art consommé de la danse.... » (R.Mezouane) Au gré de concerts prestigieux donnés dans les grandes capitales mondiales, Rimitti est devenue la principale ambassadrice du Raï (New York, Paris, Londres, Amsterdam, Stockholm, Genève, Madrid, Milan, Berlin, Le Caire...) Elle reçoit entre temps le Grand Prix du Disque 2000 de l'Académie Charles Cros. Mais c'est à un autre titre, et au seul en fait, que Rimitti s'accroche, celui de « Cheikha » (la doyenne) ! Plus qu'un titre, le terme « Cheikha » est la marque indélébile de son parcours, emblème du large sillon creusée par sa vie de « Franco-Algérienne rebelle » Rimitti ne veut pourtant pas vieillir... Le c½ur et l'esprit toujours alertes, elle se veut sans cesse la représentante d'une certaine forme d'avant-garde. Avec l'introduction d'un « band » moderne (basse, batterie, claviers, cuivres) se juxtaposant aux musiciens traditionnels, (Bendir, tar, gasbâ et gallal) Rimitti laisse très tôt entrevoir une nouvelle voie, valable non seulement pour le Raï, mais aussi pour l'ensemble des musiques arabes. Refusant dès le début la voie du « raï variété » empruntée par la génération des « Chebs », elle privilégia plutôt la variété du style offert par le Raï. Ses collaborations avec Robert Fripp et Flea des Red Hot Chili Peppers sur l'album "Sidi Mansour" (1994) illustrent dans la forme un virage « électrique » pris à la fin des années 80.*
Résolument progressiste, elle assure la transition d'un Raï reposant sur ses bases traditionnelles, indispensables à la mise en place de la « transe », à celle d'un Raï « enrichi et raffiné » aux rythmiques et sonorités plus modernes. Elle dessine les contours d'un Raï pouvant un jour être appréhendé comme un courant musical majeur. Un style mêlant les influences africaines des Gnawa et les harmonies arabo-andalouses de la musique Châabi aux paroles crues et souvent improvisés de cette Soul algérienne.
Aujourd'hui sort « N'Ta Goudami », un nouvel album, qui dans le prolongement de « Nouar » (2000) démontre une nouvelle fois la diversité de son art, indique la voix à suivre et impose une nouvelle fois Rimitti comme la diva du Raï.